23:17

Je suis dans mon lit, de retour du cinéma. J’attends qu’elle me fasse un bip ou m’envoie un texto pour dire qu’elle est bien arrivée chez elle. C’est toujours comme ça quand elle me dépose en fin de soirée.
Fin de soirée, façon de parler… Disons plutôt la fin de la première partie de la soirée et non la plus dure, après laquelle chacun va se retrouver avec lui-même. Bas les masques ! Les regards vont à nouveau se perdre dans la continuité de ces idées roses pâles sans issue aucune.

Ah, voilà le bip.

Le film (tunisien) ne demandait pas d’efforts particuliers pour prendre sa place parmi les moins marquants de l’histoire du cinéma national. Il faut dire que si j’étais chez moi pendant ce temps là, 26 ans se seraient “rediffusés” (encore une fois) dans ma tête. Ça aurait consommé ce qui reste de mon énergie qui devient de plus en plus rapidement épuisable.

C’était convenu qu’on reste amis, qu’on ne s’éloigne pas l’un de l’autre, au nom de notre amour qui nous en veut, de notre complicité qui n’a su arranger les choses, de notre entente qui se fait entendre, du succès brillant de notre échec, de tous les moments, bons qu’ils soient ou mauvais, mais tant authentiques qu’on a pu vivre ensemble en si peu de temps. On est l’exemple qui représente le mieux ces vieux couples qui, après leur séparation, jouent les amis et se font un plaisir de se voir souvent pour prouver chacun à lui-même mais surtout à l’autre à quel point il compte pour lui et tient au moins à ne pas le perdre de vue, et à la fois, paradoxalement, combien il peut être serein et suffisamment solide pour supporter cette forme de séparation sans frontières. Ce rôle, on l’assurait parfaitement bien. Bravo ! Au moins une chose qu’on a pu réussir “en couple”. Pourtant, il n’y avait rien à prouver, si ce n’est la légitimité de nos choix.

J’ai dis “vieux couples”, pourtant la relation n’a duré que quelques mois. Mais il s’est passé tellement de choses dans notre imagination, des décennies d’harmonie, des projets pour la vie.
Aujourd’hui, le bilan est à des années lumières de satisfaire ce que nous avons prévu pour le futur.
Le destin est cachetier. Il ne fallait peut-être pas tout lui dire de ce qu’on attendait de lui non plus…

Allez, on ne va pas dramatiser les choses davantage, elles le sont déjà assez.

Une dernière cigarette avant de fermer les yeux et prier pour que le sommeil ait le courage de calmer pour quelques heures cette usine à gaz qu’est le cerveau humain.

Demain est un autre jour, selon les statistiques très probablement identique aux précédents…