Lisez dans mes pensées… à vos risques et périls !
8 août 09
Du roman que je suis entrain de lire actuellement (et duquel vous apprendrez davantage quand j’aurai terminé sa lecture), j’ai bien aimé ce passage, alors j’avais envie d’en partager quelques extraits avec vous.
La notion de vraisemblance d’un scénario renvoie à cette question fondamentale : pourquoi croit-on à une histoire ?
On distingue généralement quatre ressorts essentiels, mais je préférerais les entendre de votre bouche. Un volontaire ? [...]
- J’imagine, dit bravement Magawati, que cela dépend de qui raconte l’histoire.
- C’est en effet le premier critère. Vous accorderez consciemment plus de crédit à une histoire si vous avez confiance dans la personne ou dans l’institution qui vous la raconte, à une condition cependant : que sa neutralité et son impartialité ne puissent être sujettes à caution. Si, par exemple, un constructeur automobile communique sur le fait que des études scientifiques prouvent que les véhicules diesel n’émettent pas davantage de particules polluantes que les véhicules à essence, vous penserez que ce constructeur tente de justifier ses propres choix de motorisation. En revanche, si un laboratoire de recherche australien ne bénéficiant d’aucun financement en provenance de l’industrie automobile parvient aux mêmes conclusions, vous serez nettement plus enclins à les accepter. D’où l’importance évidemment de pouvoir s’appuyer sur ce que nous appelons des sources de référence. [...] Qui peut me dire quels sont les autres critères ?
- On croit plus facilement une histoire si elle confirme une opinion que l’on a déjà, dit Fernando de la Peña. [...]
- Absolument, dit Vargas. C’est un phénomène bien connu en sciences humaines et dont on a prouvé qu’il favorisait et accélérait la propagation des rumeurs. Si je dis par exemple à un Européen que les juifs échappent deux fois plus souvent que les catholiques au service militaire, il est malheureusement démontré qu’il me croira plus que si j’avais inversé la proposition. [...]
- On croit plus facilement une histoire qui finit bien ? suggéra encore de la Peña
- En tout cas, c’est ce que pensent les scénaristes de Hollywood ! plaisanta Vargas. Mais sérieusement, vous mettez le doigt sur quelque chose d’important. On croit plus facilement à une histoire que l’on aime. Cela dit, attention, tout le monde n’a pas les mêmes goûts. Certains aimeront une histoire parce qu’elle les fait rire, d’autres au contraire parce qu’elle les fait pleurer. Certains parce qu’elle les fait réfléchir, d’autres au contraire parce qu’elle leur fait oublier leurs soucis. Par conséquent, la façon dont vous racontez une histoire doit impérativement dépendre du public à qui vous la destinez. Si, comme c’est le plus souvent le cas, vous vous adressez à plusieurs publics distincts, racontez-leur la même histoire, mais de façon différente. Et surtout, raccrochez-vous aussi souvent que possible à des canevas narratifs universels : le challenger qui défie les champions et l’emporte à la surprise générale, l’homme sans passé qui revient venger les siens, la jeune femme qui rompt avec un milliardaire pour épouser l’ami d’enfance qui l’aimait en secret, etc. [...]
Il reste un ressort, reprit Vargas. Peut-être le plus important car le seul qui porte sur la dynamique du scénario plus que sur le scénario lui-même. [...]
Certaines histoires sont plus que des histoires, elles sont des points de départ. Sitôt lâchées dans la nature, elles échappent à leur auteur. Des groupes se les approprient, les modifient, les enjolivent et, ce faisant, leur donnent une substance qui emporte l’adhésion des plus sceptiques. C’est qu’à la base les créateurs de ces histoires ne se contentent pas d’imaginer quelques piquantes péripéties ou de camper des personnages plus vrais que nature, ils anticipent les conséquences qu’aura leur récit et les intègrent par avance dans le scénario dont elles deviennent les rouages essentiels. Mais tout cela doit vous sembler bien abstrait.
[...]
Sur ce… Que soient vraies les histoires que vous choisirez de croire…
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