Cela se fait de plus en plus remarquer depuis une bonne dizaine d’années en Tunisie mais aussi d’autres pays arabes j’ai l’impression (les pays du Golf certainement à travers leurs contributions sur le net).

Pour la moindre histoire ou découverte, le moindre endroit, on a droit facilement et très rapidement à des descriptions ornées de ces « excellent, formidable, magnifique, hallucinant, énorme, sans égal, hors normes, monumental, le gars le plus fort, la meilleure vidéo sur facebook (y’en a des milliers qui son les meilleures), LA plage où il faut se baigner… » et bien sur un record de « mouch normal ! » (pour dire anormal ou extraordinaire) alors que pour moi c’était simplement des personnes ou endroits ou chose qui avaient leur charme sans pour autant justifier de telles descriptions.

C’est moins pour critiquer une manière de s’exprimer que pour l’observer, l’analyser et comprendre ses motivations. Il s’agit encore une fois d’un langage que j’ai remarqué dans mon pays et qui n’est pas spécialement présent dans l’occident.

Un besoin universel aux êtres humains est celui d’authenticité et d’intensité dans tout ce que nous entreprenons. Cette intensité nous donne l’envie et l’énergie de continuer, de découvrir, et donne une dimension passionnante et excitante à la vie. Et heureusement, car sans ça la vie sera trop insipide.

Mais le fait est là, le monde – notre monde arabe – est vide de choses réellement excitantes ; nous nous limitons à ce que nous avons, nous l’épuisons, et il y a parfois peu de matière à l’innovation et à la création. Il y a tellement moins de possibilités par exemple pour sortir en Tunisie que dans un pays européen, de par l’étendue géographique, le niveau économique, les considérations culturelles et religieuses et l’espace qu’ont les gens en eux-mêmes pour accueillir des concepts nouveaux.

C’est alors avec ces limites que nous devons composer et, faute de personnes ou d’endroits ou de choses réellement excitantes et innovatrices, l’existant devient matière à spéculation et tout gagne considérablement plus d’intensité que ce qu’il en a réellement.

À certaines personnes, cette alternative résout le problème et couvre le besoin. En même temps, il n’y a pas que des avantages à cela. Il y a d’abord un manque de crédibilité autour des descriptions des choses ; si tu me dis que tel endroit est « exceptionnel » ça risque de moins en moins de me toucher, puisque tout ou presque est aujourd’hui d’exception. Et puis, si maintenant j’ai envie de vous parler d’un trucs qui me parait vraiment top, je le présenterai comment ? Surenchérir et dire que c’est méga-extra-super-multi-omni-international… Ça fera l’affaire ?

Ne ferions-nous pas mieux de reconnaître les choses à leur juste valeur ?

Et d’ailleurs tant qu’on y est, ne serait-ce pas mieux de laisser de coté toutes ces étiquettes pour décrire les choses à travers ce qu’elles nous apportent réellement ? « J’aime beaucoup aller sur ce blog, j’y découvre des histoires qui m’intéressent et rejoignent mes préoccupations, des réflexions qui me touchent, la présentation est sobre et la navigation facile ! »

Comparé à un « Ce blog est ultracool » …