Lisez dans mes pensées… à vos risques et périls !
1 sept 09
Cela se fait de plus en plus remarquer depuis une bonne dizaine d’années en Tunisie mais aussi d’autres pays arabes j’ai l’impression (les pays du Golf certainement à travers leurs contributions sur le net).
Pour la moindre histoire ou découverte, le moindre endroit, on a droit facilement et très rapidement à des descriptions ornées de ces « excellent, formidable, magnifique, hallucinant, énorme, sans égal, hors normes, monumental, le gars le plus fort, la meilleure vidéo sur facebook (y’en a des milliers qui son les meilleures), LA plage où il faut se baigner… » et bien sur un record de « mouch normal ! » (pour dire anormal ou extraordinaire) alors que pour moi c’était simplement des personnes ou endroits ou chose qui avaient leur charme sans pour autant justifier de telles descriptions.
C’est moins pour critiquer une manière de s’exprimer que pour l’observer, l’analyser et comprendre ses motivations. Il s’agit encore une fois d’un langage que j’ai remarqué dans mon pays et qui n’est pas spécialement présent dans l’occident.
Un besoin universel aux êtres humains est celui d’authenticité et d’intensité dans tout ce que nous entreprenons. Cette intensité nous donne l’envie et l’énergie de continuer, de découvrir, et donne une dimension passionnante et excitante à la vie. Et heureusement, car sans ça la vie sera trop insipide.
Mais le fait est là, le monde – notre monde arabe – est vide de choses réellement excitantes ; nous nous limitons à ce que nous avons, nous l’épuisons, et il y a parfois peu de matière à l’innovation et à la création. Il y a tellement moins de possibilités par exemple pour sortir en Tunisie que dans un pays européen, de par l’étendue géographique, le niveau économique, les considérations culturelles et religieuses et l’espace qu’ont les gens en eux-mêmes pour accueillir des concepts nouveaux.
C’est alors avec ces limites que nous devons composer et, faute de personnes ou d’endroits ou de choses réellement excitantes et innovatrices, l’existant devient matière à spéculation et tout gagne considérablement plus d’intensité que ce qu’il en a réellement.
À certaines personnes, cette alternative résout le problème et couvre le besoin. En même temps, il n’y a pas que des avantages à cela. Il y a d’abord un manque de crédibilité autour des descriptions des choses ; si tu me dis que tel endroit est « exceptionnel » ça risque de moins en moins de me toucher, puisque tout ou presque est aujourd’hui d’exception. Et puis, si maintenant j’ai envie de vous parler d’un trucs qui me parait vraiment top, je le présenterai comment ? Surenchérir et dire que c’est méga-extra-super-multi-omni-international… Ça fera l’affaire ?
Ne ferions-nous pas mieux de reconnaître les choses à leur juste valeur ?
Et d’ailleurs tant qu’on y est, ne serait-ce pas mieux de laisser de coté toutes ces étiquettes pour décrire les choses à travers ce qu’elles nous apportent réellement ? « J’aime beaucoup aller sur ce blog, j’y découvre des histoires qui m’intéressent et rejoignent mes préoccupations, des réflexions qui me touchent, la présentation est sobre et la navigation facile ! »
Comparé à un « Ce blog est ultracool » …
7 réactions pour "L’exagération, ou comment combler un vide socio-culturel"
Ton article Mouche Normal du tout. C’est extraordinaire l’exemplarité de ton analyse. Je suis bluffé de la magnificence de ce que tu arrive à décrire en un language simple et compréhensible du commun des mortel!
Hbel safi ton blog!
Et puis pour les autres, ils leurs restent leurs yeux pour pleurer.
Car tu oublie juste une chose. Pour pouvoir exprimer son admiration, il faut un minimum de culture pour apprécier la différence entre, j’aime, j’apprécie, je savoure, j’adore, je suis fou de,…
De plus il faut un esprit qui a été former à analyser, comparer, juger,… donner à chaque chose la valeur qu’elle mérite!
Nous n’en sommes pas la :(
Nous le pays que tout le monde envie? Le pays du bonheur éternel?
« Les Exagérateurs »… ça rimerait bien avec « Les Éclaireurs » et « Les Falsificateurs », n’est-ce pas ?. A.Bello pourrait bien s’inspirer de l’exagération de certains arabes ( faut pas exagérer bien évidemment, les arabes ne sont pas tous des exagérateurs!), pour boucler la boucle et réaliser une trilogie « exceptionnelle » :)
L’exagération est révélatrice d’un grand vide socio-culturel dans le monde arabe et il est indubitable que ce « vice » est digne d’une décortication des plus méticuleuses, mais il faut tout d’abord passer par un examen minutieux de la personnalité de l’individu arabe.
Je n’aborderai pas les facteurs historiques, culturels, politiques, sociologiques et psychologiques qui ont mené l’esprit arabe à ce « seuil » de frivolité. Une telle étude demande beaucoup d’effort et requiert plusieurs compétences dont je ne dispose pas. Sans doute, cette étude devrait-elle sembler aux « Caractères » de La Bruyère, avec, en plus, un bilan clinique intégral (non, j’exagère!).
Donc, je n’exagèrerai pas, je ne « philosopherai » ( du substantif tunisien : tfalsif : harangue conjuguant à la fois, vanité, vacuité, futilité et…exagération) non plus, et je me contenterai de dénoter le facteur principal qui a contribué – à mon avis – à la « banalisation » de la mentalité arabe :
Depuis une bonne dizaine d’année, en Tunisie, dans le monde arabe et partout dans le monde, un nouveau discours publicitaire ne cesse de monter en crescendo. Ce discours, la floraison des TIC aidant, évolue désormais d’une manière exponentielle et ne cesse de véhiculer les nouvelles « valeurs » de la société de consommation dont il est corrélatif. Le citoyen est constamment la cible de techniques promotionnelles aussi accablantes les unes que les autres : Spamming, spots publicitaires, campagnes promotionnelles, affiches géantes, bannières publicitaires… Ces méthodes se basent toutes sur un ton exagéré et usent de formes et de terminaisons superlatives et d’hyperboles idéalistes. Le fameux adage « Mentez! Mentez! Il en restera toujours quelque chose! » devient alors « Promouvez! Promouvez! Il en restera toujours quelque chose! ». Reste à dire, que pour le citoyen arabe, il en a resté beaucoup de choses, dont la façon de parler ou encore cette avidité grandissante et inaltérable pour consommer encore et encore. Dès lors, pour l’arabe, tout est enchaîné dans le meilleur des mondes : le monde utopique de la consommation et de… l’exagération.
Et si cette « exaggeration » etait la seule strategie (tragique, soit!) pour tempter d’assouvir des besoins… par ex. de connection ou de partage. Et si pour chaque « c’est merveilleux hallucitant trop fabuleux extrahordinnaire » que nous entendons, nous essayons de deviner ce que l’autre ressent et quel besoin en lui est assouvi?
Quelle coïncidence !
Je suis entrain d’appliquer les microformats « hreview » et ce petit jeux de vote « Star Rating » sur un annuaire et je viens juste de suivre ton lien à travers Facebook !
C’est cette crédibilité douteuse ou fantasmatique qui fait penser que plusieurs internautes ne font que stagner :(
Mon expérience à travers les pages de Fans sur Facebook confirme bien votre point de vue :(
@h.rebhi
On aurait pu vraiment éviter ces conneries en suivant l’expérience des autres.
La Tunisie a récemment adopté ce « Marketing » et on aurait pu interdire à l’avance ou refuser ces conneries de publicité mensongères… Il faut aussi penser à des nouvelles lois qui exigent la transparence des contrats… sinon les tunisiens seront de plus en plus créatifs dans ces conneries :(
Et après tout, à mon avis, le nouvel atout en Marketing est la transparence ! Il faut valoriser les ambiguités et mettre au gros plan les chiffres TTC… et oublier ces * –> à lire en bas de page avec une police illisible par les malvoyants :)
@ Kiffe Grave : LoL ! Du coup dans ton premier paragraphe je ne sais plus si t’es sérieux ou si tu fais exprès pour exagérer ! :D
Là où je suis d’accord avec toi, c’est que pour exprimer nos sentiments et nos émotions, nous n’avons pas toujours le lexique pour. Nous n’avons pas acquit beaucoup de langage dans cette thématique. D’ailleurs nous avons souvent été invité à refouler nos sentiments et nos émotions (il ne faut pas pleurer, il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas ne pas aimer, il ne faut pas être triste, il ne faut pas…)
@ H. Rebhi : Je proposerai bien à Antoine la trilogie ! Tu crois qu’il me prendra comme co-auteur ? :-)
Ton commentaire (et celui de Referenceur) m’a beaucoup fait réfléchir. J’essaye de comprendre et d’analyser l’impact de la pub sur cette tendance, et je n’arrive pas à trancher si oui ou non – pour moi – le tournant qu’a pris la pub a été la source de cette attitude.
D’un coté, de par ce ton exagéré encourageant à la surconsommation, je ne vois pas tellement de différence entre la pub dans le monde arabe et l’occident (et tu l’as dit toi-même, c’est la tendance de la pub dans le monde entier) alors pourquoi les conséquences sont-elles plus importantes dans le monde arabe ?
Et de l’autre coté, un ami ayant commenté en live à propos de cet article me dit que cette tendance à l’exagération existe en occident mais touche surtout les adolescent. Je ne l’ai pas remarqué mais je me dis que c’est possible. Alors peut-être cette tranche d’age a-t-elle été plus touchée en occident, alors quand dans le monde arabe tout le monde s’est pris au piège ?
@ Danielle : Tout-à-fait d’accord ! C’est pour cela justement que le cœur de ma réflexion est de dire que ce langage traduit un besoin non satisfait (qui est le plus souvent à mon avis l’intensité, la découverte, mais ça peut être du cas par cas pour s’étendre aussi au partage et à la connexion.)
En fait, je travaille sur deux axes :
1/ Détecter ce besoin et aider la personne en face à en prendre conscience
2/ Réparer comme je peux le langage utilisé pour que la personne exprime désormais ses sentiments et besoins de façon plus directe (comme on l’a appris en CNV ;-))
@ Referenceur : Tu devrai m’en dire un peu plus sur cette histoire de hreview ;-)
PS : J’ai inclu une partie de la réponse à ton commentaire dans celle de h.rebhi
Vous savez ? Manier la « darbouka » et autres « bendire », c’est depuis des années qu’on nous apprend à le faire depuis tout petit, c’est devenu culturel, presque héréditaire. De ce point de vue on comprend très bien que pour tout tunisien, il faut bien user de tout moyen de propagande, « bendire » en est le meilleur exemple, pour faire passer un message auquel il tient, sinon, dans esprit çà passe pas. Et çà couvre tous les aspects de la vie : sociale, culturelle, politique … Alors parler d’ « exagération » n’est qu’un euphémisme.
C’est le résultat, sans conteste, du matraquage d’esprit qu’on subit depuis des années et qui fait qu’on est sur le point de devenir une société de couleurs fade où même l’odeur du jasmin se perd.
A bon entendeur
Nous avons jusque là débattu sur l’ « Exagération » en tant qu’un phénomène socio-culturel émergent. Nous avons méticuleusement dépisté cette pathologie. Nous en avons énuméré les symptômes, et décelé les facteurs ; sans pour autant proposer des antidotes à ce syndrome véreux et venimeux. De retour sur le blog, et en lisant les diverses réactions à ce sujet, j’ai voulu apporter mon avis en focalisant cette fois-ci sur un autre aspect de la problématique. Il s’agit là du revers de la médaille ; à savoir l’ « Atténuation « . Car si nous (arabes et tunisiens que nous sommes) avons pris l’habitude d’amplifier l’infime, de gonfler le futile et de vénérer l’anodin, nous avons fait preuve d’une grande habileté à dédramatiser le dramatique (voire le tragique), à sous-estimer l’important et à toujours minimiser les dégâts. Bien qu’ « Exagération « et « Atténuation » soient diamétralement opposées, il me semble que ces deux phénomènes ne font qu’un. Ces pathologies témoignent d’un grand malaise, d’une malformation alarmante. Au bilan : réactions disproportionnées à l’actualité dans tous ses aspects, disfonctionnement du système interprétatif, effusions sentimentales, indifférence, hallucinations…
P.S : pourvu que ma note soit bien jaugée et que je ne sois sujette ni à la peste de l’ « Exagération », ni au choléra de l’ »Atténuation » !
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