Lisez dans mes pensées… à vos risques et périls !
10 juil 10

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vêprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! Voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ! Ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Pierre de Ronsard
(1524-1585)
3 réactions pour "[Pierre de Ronsard] Mignonne, allons voir si la rose…"
C’est un très beau poème, et un très beau CARPE DIEM, et c’est l’un des premiers poèmes qui m’ont fait découvrir la beauté de la langue française. Je te remercie pour ce choix, et je tiens à remercier Ronsard, en lui dédiant un poème que son ami Joachim du Bellay lui a déjà offert, 470 ans auparavant,
A P. DE RONSARD
Comme un torrent, qui s’enfle et renouvelle
Par le dégout des hauts sommets chenus,
Froissant et ponts et rivages connus,
Se fait, hautain une trace nouvelle :
Tes vers, Ronsard, qui par source immortelle
Du double mont sont en France venus,
Courent, hardis, par sentiers inconnus,
De même audace, et de carrière telle.
Heureuses sont tes nymphes vagabondes,
Gastine sainte, et heureuses tes ondes,
O petit Loir, honneur du Vendomois !
Ici le luth, qui naguère sur Loire
Soulait répondre au mouvoir de mes doigts,
Sacre le prix de sa plus grande gloire.
Joachim du Bellay
Par le dégout : par les eaux qui dégouttent.
Soulait : du latin solere, avait coutume.
Sacre le prix : le dernier vers du tercet n’est pas exempt de quelque obscurité ; il faut l’entendre : consacre le prix de sa plus grande gloire.
Gastine : dans le haut Poitou, fait aujourd’hui partie du département des Deux-Sèvres. C’est dans la forêt de Gastine que se trouvait l’abbaye de Croix-Val, où Ronsard se retira après la mort de Charles IX. [ 24 ]
p.s. : Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay étaient de très proches amis. Les deux amis, en plus de 5 autres poètes (Jacques Pelletier du Mans, Rémy Belleau, Antoine de Baïf, Pontus de Tyard et Étienne Jodelle) ont formé la Pléiade. Ce groupe de sept poètes français du XVIe siècle a été à l’origine de la renaissance littéraire et de la standardisation du français. En imposant de nouvelles formes poétiques ( sonnets, odes, alexandrins) et en usant de la beauté du verbe, les poètes de la Pléiade sont restés à jamais les chantres de l’amour, de la mort, de la fuite du temps et de la nature.
Merci bcp Hafawa pour le poème et l’explication ! C’est clair qu’avec des textes du 15ème, on a bien besoin de telles lumières :-)
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