Cet article est une contribution à la 1ère édition de « Blogosphèrna » organisée par Le blog d’un jeune tunisien et accessible également sur Facebook.

Default AvatarOn pourrait introduire le sujet ainsi : Que répondriez-vous à un étranger qui vous demande de lui présenter la Tunisie en quelques mots ?

Le jasmin, dont le premier souvenir qui me vient à l’esprit est l’insistance irritante des vendeurs de bouquets lors des soirées d’été ?

Sidi Bou Saïd, dont très peu connaissent l’histoire, et qui n’existe que par le bleu et le blanc si chers au baron d’Erlanger depuis seulement 100 ans, écrasant derrière lui le religieux qui a donné son nom au quartier, comme l’histoire géopolitique de la montagne qui l’héberge ?

La médina, qui ne voit venir certains tunisiens que pendant les soirées du mois de Ramadhan ?

L’huile d’olive ? Le sud ? Le désert ? Les dromadaires ? Star Wars ?

C’est sans doute tout cela, mais pas uniquement, ni en premier lieu.

Je crois sincèrement que notre identité est un vrai puzzle dont il faut assumer la complexité. Une terre qui a vu passer tellement de peuples, de civilisations et de dynasties ; berbères, phéniciens, puniques (mariage de berbères, grecs, italiens, ibères…), romains, arabes, byzantins, abbassides, aghlabides, fatimides… (ouf !) et j’en passe ! J’allais presque zapper les français ! Sans oublier les religions qui allaient avec ; christianisme, islam, judaïsme…

Mais le cerveau humain est fainéant, on préfère une présentation en 3 mots (choisissez-en 3 au hasard de ceux que j’ai mentionné plus haut !) et au-delà des présentations, l’identité, au quotidien, c’est tout autre chose. Si on parle d’identité, c’est que l’être humain (ou l’être vivant en général, on peut observer ça chez les animaux) a cruellement besoin d’appartenance. Une sorte de lien avec son environnement qui lui apporte de la sécurité et des voies vers l’accomplissement et la reconnaissance sociale.

Alors pour appartenir à un groupe, il faut bien des points communs pour caractériser ce dernier, et on ne peut clairement pas dire que ce qui nous lire c’est le jasmin, l’huile d’olive, Star Wars… encore moins les dromadaires. Alors il nait ce que j’appelle :

Les substituts à l’identité

Des mouvements dans lesquels on se sent unis et défendons la même cause (peu importe si cette dernière représente des valeurs et lesquelles) comme :

Le football

Y’en a (par milliers) qui défendent leur équipe favorite comme on défend sa patrie, on y consacre des heures et des heures… Un alibi qui permet d’appartenir à un groupe clairement défini, là où on ne se casse pas la tête à se poser des questions d’identité ; EST, CA, ESS, CSS, ST… c’est l’un ou l’autre, faut faire un choix !

Les soirées ramadhanesques

Feuilletons, sitcom, buffets bien (trop bien) garnis, claxon-party tous les jours, personne n’arrive à bosser, c’est Ramadhan… Parfois ça n’a rien de religieux (pas la peine de vous affoler, je dis bien « parfois »), c’est surtout notre façon à nous de vivre ce mois, d’entretenir l’image de la marque « Ramadhan en Tunisie ».

Nous les tunisiens, nous sommes ainsi…

C’est là où ça commence à devenir grave. A l’encontre de tout regard critique d’un comportement typique, il y a très vite un « A7na hakka ettwensa… » (« Les tunisiens, nous sommes comme ça… ») comme c’est confortable de maintenir le statu quo ! Un équilibre fait de toutes pièces ; bonne habitudes, mauvaises habitudes, absurdités, égoïsme… Mais c’est trop dangereux de le changer ; de quoi sera faite notre identité sinon ?

Alors moi je dis que

La Tunisie est un petit bout de terre d’un intérêt géopolitique inversement proportionnel à son étendue. Ce qui a favorisé la visite de plusieurs civilisations qui se sont donné les moyens de réaliser leur rêve ; conquérir et dominer le monde.

Notre identité est faite de tout ce qu’ils ont laissé au passage ; religions, langues, architectures, administration, couleurs, cuisine, exploitation…

Une identité complexe et fragile, avec laquelle il faut savoir composer, si l’on veut évoluer sans que les gens ne se sentent perdus ou menacés dans leur besoin d’appartenance.